Linguistique de l’écrit

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Revue | Volume | Article

172801

Énonciation, interaction, conversation

les théories du langage entre le psychique et le social

Jean-Louis ChissChristian Puech(Université Paris Sorbonne Nouvelle)

pp. 7-36

Résumé

La notion d" interaction, omniprésente dans les travaux divers qui, aujourd'hui, cherchent à rendre aux échanges linguistiques leur dimension sociale ou micro-sociale ou encore cherchent à fournir aux conceptions du « lien social » la dimension linguistique qui peut leur manquer, rencontre, inévitablement et dans une systématicité problématique, les thèmes de renonciation, du dialogue, de l' intersubjectivité langagière, de la socialite linguistique. L'article cherche donc, de manière essentiellement exploratoire et programmatique, à mettre en cause l'idée largement répandue selon laquelle la linguistique formelle - celle issue de Saussure et de Chomsky - ne se serait constituée que du refoulement radical de ces questions. A titre de symptôme : Benveniste et Jakobson ont pu, de manière emblématique- sinon développée -attirer l'attention sur la nécessité d'un déplacement du cadre transcendantal traditionnel de la linguistique vers celui d'une intersubjectivité fondamentale. De fait, il s'agit de suggérer la possibilité de suivre, à partir du XIXe siècle, les traces d'un intérêt de connaissance largement transdisciplinaire organisé autour de deux thèmes principaux que l'enquête s'efforce de préciser. Il s'agit d'une part de la question du langage intérieur qui, de V. Egger à Benveniste, de psychologie en linguistique, ouvre le champ d'un espace intra- mental ou s'articuleraient le dialogique et le dialogal. Il s'agit d'autre part du thème de la socialite d'essence linguistique que l'esquisse d'analyse conversationnelle fournie par G. Tarde représente de manière particulièrement parlante et où, à travers la métaphore du « lien », c'est-à-dire selon H. Kelsen, la spatialisation des phénomènes inter-psychiques, se jouent pour une part les rapports de la psychologie, de la sociologie et de la linguistique. Au-delà des pistes de recherche suggérées ici, il faudrait sans doute revenir sur l'idée d'un partage tranché dans la tradition linguistique entre un rationalisme abstrait d'une part, et un empirisme sans principe de l'autre. La dynamique de certains travaux récents, qu'ils relèvent de l'interactionisme symbolique (Goffman) ou d'une pragmatique du « troisième type » (Berrendonner), invite à penser que l'avenir de la notion d'interaction dépend peut-être autant de l'aptitude des théoriciens à assumer l'histoire de leurs intérêts de connaissance, que de la rigueur et de l'inventivité avec laquelle ils parviendront à formaliser l'expérience des locuteurs au sein de la communauté.

Détails de la publication

Publié dans:

Chiss Jean-Louis, Normand Claudine (1989). Extension et limites des théories du langage (1880-1980). Histoire Épistémologie Langage 11 (2).

Pages: 7-36

Citation complète:

Chiss Jean-Louis, Puech Christian, 1989, Énonciation, interaction, conversation: les théories du langage entre le psychique et le social. Histoire Épistémologie Langage 11 (2), Extension et limites des théories du langage (1880-1980), 7-36.